Fabien Gadreau, Maître de Port du Port de La Vigne depuis 2020

 

Fabien Gadreau use ses bottes sur le Port de La Vigne depuis près de 20 ans. Maître de Port depuis 2020, il nous confie son parcours a priori inattendu : du professionnel de l’audiovisuel parisien au travailleur de la mer ferret-capien.

Originaire de Lège, Fabien a fait des études d’audiovisuel, secteur dans lequel il a travaillé 8 ans, principalement à Paris, avant de revenir à son premier amour : la Presqu’île. Pêcheur, chasseur, il a la mer et la terre du Bassin au cœur, alors en 2007, quand il tombe sur une annonce publiée par La Société Nautique de La Vigne pour le recrutement d’un agent portuaire, il saute sur l’occasion.

Amusé, il se souvient encore du moment où il a été convoqué pour son 2ºme entretien d’embauche : « Les membres du Conseil d’Administration m’ont appelé à l’improviste pour me demander si je pouvais venir les rencontrer dans 30 minutes. J’ai dit oui, mais je les ai prévenus que j’étais sur mon bateau, à la pêche, en tong et en short ! ». Pas de quoi effrayer le Conseil d’Administration ! Ni une ni deux, il rentre au port, grimpe dans sa voiture et va passer son entretien « en version touriste ». Et visiblement, cela a plu. Moralité : au Port de La Vigne, venez comme vous êtes !

« Si tu n’aimes pas les gens, ça n’est pas la peine »

De 2007 à 2020, en tant qu’agent portuaire, il apprend les rudiments du métier : manutention, grue, travail sur le plan d’eau… Et à côté de la technique, « 50% du quotidien, c’est du relationnel ». C’est ce qu’il aime, être dans le service. « La plaisance c’est du plaisir. Les gens viennent pour penser à autre chose, s’extraire du quotidien, discuter. »

Ce goût de l’autre et de la mer, son savoir-faire et sa fidélité ont été reconnus par les membres de La Société Nautique de La Vigne qui lui ont proposé de devenir Maître de Port en 2020. Depuis, il renseigne et rassure les plaisanciers : disponibilité de l’emplacement, condition d’arrivée ou de départ du port, renseignement sur les bateaux voisins ou simples conversations sur la vie du port, voilà son quotidien.

Un jour avec le Maître de Port

Concrètement, qu’est-ce que la journée-type d’un Maître de Port ? Fabien se prête à cet exercice jamais aussi simple qu’on ne le croit !

Tout d’abord, « faire tourner le port » : vérifier que les places soient bien libres, que les défenses ont été retirées ; au printemps et à l’été avec les arrivées quasi-journalières de bateaux, il faut veiller à la fluidité de la navigation, à la sécurité ; en hiver à l’hivernage cela va de soi, mais aussi en profiter pour plancher sur des travaux et des perspectives innovantes pour le port (changer la grue, commander du matériel de sécurité, prospecter pour acquérir un mini-bateau pour traiter les micropolluants…). Cela passe aussi par l’information, notamment des plaisanciers de passage : faire savoir qu’un service de grutage (le port dispose de la seule grue accessible à basse mer du Nord Bassin), de pompe à eau noire et une aire de carénage sont des services ouverts à tous.

Ensuite, gérer l’administration : les mails, la comptabilité et l’organisation du travail d’équipe. De la communication des emplacements disponibles, en passant par le suivi des cotisations, facturations, jusqu’au calendrier des présences de son équipe. En effet, il est accompagné de Michael et Martin, ses deux agents portuaires, « deux générations complémentaires » souligne-t-il. D’avril à octobre, ils sont rejoints par Stéphane qui, depuis 23 ans, assure la surveillance nocturne du port.

Grâce à cette organisation, la capitainerie est toujours ouverte : vous aurez toujours quelqu’un sur le pont pour vous accueillir et répondre à vos questions !

« Tout le monde est lié sur le Port de La Vigne »

Pour Fabien, le port c’est un véritable village dans le village. Comment s’est passé l’hiver ? Avez-vous des nouvelles d’un tel ou d’une autre ? Être maître de port s’apparente parfois à être la personne de référence d’une petite communauté.

Une vie locale qui pense tout de même global : membre de l’Association des Ports de Plaisance de l’Atlantique (APPA), Fabien peut échanger avec ses camarades venant de 70 ports de plaisance, de Pornichet à Hendaye. Réunis minimum deux fois par an, lors de visites de terrain ils peuvent partager leur expérience et leurs solutions, mutualiser les connaissances techniques et les artisans fiables, échanger des axes de développement… L’an dernier, le Port de La Vigne a d’ailleurs accueilli une des réunions de l’APPA !

La conversation aurait encore pu durer des heures tant Fabien est passionné de son métier mais le devoir l’appelle : on toque à la porte. Monsieur Verdier passe une tête : « Vous avez un macaron pour le bateau ? Et un annuaire des marées ? »