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Aux origines du village

Un escourre

devenu village

En remontant un peu au nord du Cap Ferret, à 2 kilomètres environ, on gagne La Vigne cet endroit est formé d’une escourre c’est-à-dire d’une baie naturelle de la côte débouchant sur le Bassin.

André Rebsomen, Notes touristiques sur le Pays de Buch, Librairie Générale, 1928

Qu’est-ce qui fait naître un village d’un escourre parmi d’autres ? Un point d’ancrage : un port. Au début du XIXème siècle, seulement trois havres de ce type existaient autour du Bassin à La Teste, à Gujan-Mestras et à Arès. Ailleurs, pour ne pas avoir à rentrer au port après chaque marée, on se faisait abri de fortune avec genêts, gourbets, planches récupérées d’un bateau ou pin débité sur place. Parfois, on échouait « ces sortes de gros bateaux ventrus » (Luc Dupuyoo), les pontons, pour s’en faire un logis. Ils étaient nombreux ceux qui vivaient ainsi de L’Herbe à la pointe du Cap Ferret, en bordure d’estran, au fond des escourres creusées à la force des bras et à la sueur du front. La Vigne est ainsi né de l’usage, du travail, d’un besoin de se reposer. Avant que d’être un lieu de plaisance, cet escourre devenu village est d’abord un lieu de patience : celle de générations qui ont œuvré à faire de cette langue de sable à flanc de dune, une terre à habiter, à léguer, à aimer.

Dunes, réservoirs, poteaux de mine, vignes et port de plaisance

Carte des « dunes de La Vigne », Section A feuille 3 par M. Delage-Dumoilin, géomètre de 1° classe (Archives départementales de la Gironde, 1849)

Voguons un peu sur la longue histoire. Une carte de 1849 conservée aux Archives départementales de la Gironde nomme ce lieu : « Dunes de la Vigne », bien avant que des vignes y soient plantées par Léon et Frédéric Lesca. L’hypothèse c’est qu’un Lavigne ou Vigne aurait habité là. C’est en 1863 que les frères Lesca acquièrent 1 200 hectares du pare-feu central à l’ouest du rivage du bassin d’Arcachon, sans grande concurrence : l’endroit n’était alors pas couru par les estivants ! L’esprit entrepreneur de Léon Lesca ne tarde pas à tirer profit de son acquisition : il fait aménager un réservoir à poisson en 1870 à côté de sa Villa Algérienne, exploiter le pin maritime, planter une vigne (sans doute sur les dunes autour de l’actuel port) avec des cépages issus du Château Margaux et du Château de France à Léognan et, déjà, à l’intuition que cette zone dispose d’une situation idéale pour un port. En effet, la profondeur des eaux permettait aux bateaux à fort tonnage d’accoster.

Il fit donc construire un appontement au niveau de ses réservoirs pour récupérer les poteaux de mine et faciliter l’expédition des ses vins vers l’Angleterre.

[La Vigne est] une ouverture relativement resserrée et qu’on a obturée complètement par une digue, afin d’en faire un réservoir à poissons. Au centre, est une sorte de presqu’ile, jadis plantée de vignes qui produisaient un excellent raisin […]. On y a construit un perré en ciment et un appontement afin d’embarquer les poteaux de mine qui parviennent en ce coin de plage, charriés par un petit chemin de fer.

André Rebsomen, Notes touristiques sur le Pays de Buch, Librairie Générale, 1928

Mais dans la nuit du 8 au 9 janvier 1924 la conjugaison d’une forte tempête et d’une grande marée emporte tout sur son passage : une grande partie du vignoble et les réservoirs sont dévastés. Le site est laissé à l’abandon pendant des années, jusqu’à sa renaissance en port de plaisance.

Jusqu’en 1930, La Vigne est donc une zone d’activité plus que d’aménité. Seul Gérald Stanley avait été sensible à son charme, au point d’y bâtir une villa :

On remarquera sur le haut de la Dune, en une situation exceptionnelle et remarquablement bien choisie, la somptueuse villa de M. le docteur Gerald Stanley, qui sans autres constructions dans le voisinage, se trouve être à elle seule « La Vigne ».

André Rebsomen, Notes touristiques sur le Pays de Buch, Librairie Générale, 1928

Cette histoire est essentielle pour comprendre l’origine du seul port de plaisance de la Presqu’île : son aménagement dans les années 1960 se fait dans les anciens réservoirs à poissons créés 50 ans auparavant par Léon Lesca ! L’emprise du port est donc terrestre (il a été creusé par la main humaine) et non pris sur le domaine maritime (comme les ports dits « naturels »). C’est aussi ce qui justifie l’existence de la Société Nautique de La Vigne et de la concession.

La Vigne, c’est d’abord, c’est toujours, un Port. Avant, ce n’est qu’un lieu-dit. Après, c’est un lieu de vie. C’est à partir de 1966 avec la présence des premiers bateaux de plaisance que l’esprit de ce village s’anime vraiment.

Ainsi, nous pouvons dire que La Vigne naît de la mer.

1960

1966

1966

1965-68

1968

1969

1971

1978

Le port de nos jours

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Créée en 1963

La Société Nautique

de la Vigne

La Société Nautique de la Vigne, créée en 1963, rassemble des plaisanciers qui, toutes et tous, sont des bénévoles animés par leur attachement à La Vigne, à la Presqu’île, à ce territoire embrassé par la mer et l’océan, chahuté par les vagues et les vents.

On peut les croiser flânant sur les quais, le nez dans les cordages, vérifiant que les infrastructures sont en bon état, penchés sur la coque le pinceau à la main, réunis autour d’un casse-croûte ou pensifs, assis au soleil sur leur bateau, à écouter le cliquetis des mâts se mêler aux cris des mouettes.

Vivre le port sans modération et s’assurer qu’il puisse être vécu par chaque génération.

Un anneau au port, c’est un testament légué par les plaisanciers d’hier à ceux d’aujourd’hui et, déjà, demain. C’est un ancrage, parfois reçu en héritage, parfois acquis au prix d’une attente qui en dit long sur la volonté de mouiller ici.

Voilà ce qu’est la Société Nautique de la Vigne : prendre la plaisance au sérieux parce que c’est ainsi que le plaisir se partage et que ce lieu se transmet, avec passion et attention.

Annonces Légales · Constitution de Société

Étude de Me Maurice Duvert, notaire · 47, cours Xavier-Arnozan, Bordeaux

Suivant acte sous signatures privées en date à Bordeaux, du dix-neuf novembre mil neuf cent soixante-trois, dont l’un des originaux est demeuré annexé à la minute de l’acte de déclaration de souscription et de versements ci-après énoncé, ont été établis les statuts d’une société anonyme ayant pour dénomination sociale « Société Nautique de la Vigne » et dont le siège doit être fixé au Cap Ferret (Gironde), route de Bordeaux, commune de La Teste-de-Buch.

Dénomination

Société Nautique de la Vigne

Forme juridique

Société anonyme

Capital

1 800 000 francs

Siège social

Cap Ferret, route de Bordeaux - La Teste-de-Buch (Gironde)

Constitution

19 novembre 1963

Construction du port

1964 - mise en service août 1965

Compétence communale

Commune de Lège, depuis le 1er juillet 1984

Annonces légales · 1964

Concession d'outillage public

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Rénovation des quais & dragage

Les travaux

du port

Les ports aussi connaissent la crise de la cinquantaine ! Pour celui de La Vigne, 1968 sonne la fin des travaux de création du port et 2018 celui de son bilan de santé. En janvier, un diagnostic des infrastructures est réalisé en vue de mener deux grands chantiers : le premier pour rénover les quais, le second pour le draguer.

Que nous révèle-t-il ? Que les matériaux de construction sont le reflet d’une histoire, d’une transmission. Le port est composé de séquences de palplanches Larssen Ian datant des années 60-70. La pénurie d’acier et sa cherté avaient incité les anciens à utiliser, par endroits, des matériaux de récupération. Avec le temps, ces palplanches, dont la qualité et la taille étaient inégales, se sont corrodées sous l’action incessante des marées, laissant apparaître des faiblesses structurelles de plus en plus marquées. Peu à peu, le métal rongé a perdu de sa résistance, fragilisant l’ouvrage et exposant les sols qu’il était censé protéger des assauts répétés de l’eau et des courants.

Eclatements de béton, déchirure de métal, arrachement du métal au niveau des tirants de maintien des quais, déformations et perforations… Il fallait agir pour la sécurité des plaisanciers et des promeneurs.

Pour autant, les anciens n’étaient pas restés sans rien faire : face à la corrosion généralisée sur tout le linéaire du quai, chaque génération de plaisancier a contribué à un patchwork de réparations, au fil de l’eau. C’est ce qui a permis, bon gré mal gré, à ce port de tenir bon, de tenir tête aux vents et marées.

10 000 m³

de 1 à 1 mètre 50 de vase en fond de port. L’envasement était tel que certains bateaux devaient rester sur le flanc, incapables de quitter le port à certaines marées. Grâce à la remise à neuf et la consolidation des quais, un dragage titanesque a pu être mené. Pour éviter toute pollution, les vases ont été traitées à terre.

Rénové et désenvasé, le port a pu accueillir la SNSM. Ainsi, ce qui fit le bonheur des plaisanciers et des promeneurs profite aussi à la sécurité de tout le Bassin. C’est l’esprit qui anime tout ce qu’entreprennent les bénévoles de la Société Nautique de la Vigne depuis sa création : prendre soin d’un port, c’est prendre soin de tout un territoire, pour toutes et tous, aujourd’hui et demain.

1968-2018 : 50 années de plaisance perpétuées par ces travaux qui le mèneront à n'en pas douter jusqu'au centenaire !

Avant

Après

Schéma des travaux

Fontis sur le quai suite à dégradation des pieds de palplanches

Palplanches corrodées

État des quais

Pendant le chantier

Démantèlement de l'ancienne structure

Travaux en cours

Grue et engins

Travaux en cours

Après le chantier

Vue aérienne - port rénové

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Label international

Quand plaisance

rime avec excellence

Pavillon Bleu

Premier et unique port labellisé en Gironde - depuis 2021

Depuis 2021, le Port de la Vigne s’est vu décerné chaque année le label « Pavillon bleu ». Plus encore, c’est le premier – et à ce jour le seul – port de toute la Gironde à avoir obtenu cette reconnaissance internationale. Preuve du professionnalisme de toute son équipe et de la volonté de la Société Nautique de La Vigne de préserver ce qui fait la qualité notre environnement marin, le souci de l’accessibilité, et de la sécurité de toutes et tous.

La Société Nautique de La Vigne entretient des relations de bon sens et de bonne intelligence avec le Parc Naturel Marin, tous deux étant attachés à ce que la plaisance reste un loisir responsable.

Du tri sélectif aux pompes à eaux noires et eaux grises jusqu’au retraitement de tout ce qui est souillé par l’antifouling (peinture pour bateaux) sans oublier des moyens pour faciliter l’accès aux pontons et embarquer directement sur le bateau les personnes à mobilité réduite.

Inclusif et respectueux de l’histoire naturelle de son territoire, au Port de la Vigne, hisser le « Pavillon bleu », c’est porter haut l’exigence de préserver un bien commun : notre Presqu’île !